Editions Le Bateau Ivre

Littérature française moderne et contemporaine

Embarquer sur Le bateau ivre, c’est à coup sûr, d’une allure hésitante et sinueuse, tenter de rejoindre l’horizon
pour voir ce qu’il y a derrière cette ligne qu’on dit imaginaire.
Sans doute parce qu’elle se dérobe au voyageur et s’enfuit aussitôt qu’il s’approche.
On ne sait jamais vraiment là où elle est.
Parfois même il arrive qu’elle se laisse surprendre, au point qu’on la franchisse, sans même s’en rendre compte.

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À paraître le 21 août 2020

À dos de chat ailé, en mémoire de Cécile Delalandre (ouvrage collectif)

Cécile Delalandre s’est éteinte le 21 août 2019, laissant une œuvre d’une beauté singulière.

Pour le premier anniversaire de sa disparition, cet ouvrage rassemble :

- les témoignages de parents et d’amis, proches ou lointains,

- des extraits de ses œuvres choisis par elle,

- les entretiens qu’elle a donnés et les recensions que ses ouvrages ont suscités,

- une bibliographie très complète, augmentée de ses publications sonores,

- un album de photos.

Collection Amarante, 344 pages, 24 €,

9791092622522, distribution Sodis

ON EN PARLE


Dans Le Monde des Livres du 3 juillet,

Camille Laurens nous donne une critique élogieuse

du dernier livre de Yannick Kujawa,

Toujours l'inconnu.

 

Charbons ardents

Lee Anne Hale

Les écrivains contemporains ne vivent pas dans une tour d’ivoire. Ils rencontrent leurs lecteurs, font des débats dans des médiathèques, des prisons ou des hôpitaux, ont le désir de transmettre leur amour de la littérature. Ces événements culturels qui mettent en relation des gens d’horizons très divers, s’ils constituent des expériences mémorables, ne sont pas toujours dépourvus d’ambivalences. Comment, en effet, lorsqu’un « grand écrivain » – souvent parisien – vient parler à « des gens modestes » qu’on n’a pas toujours prévenus, comment ne tomber ni d’un côté ni de l’autre du fil tendu au-dessus de la condescendance et des bons sentiments ?

C’est l’une des questions que pose le livre de Yannick Kujawa, Toujours l’inconnu, et il la place délibérément dans une époque révolue. En 1967, France Culture, alors jeune station radiophonique, organise une série d’émissions intitulée « Pour lire à la veillée » – le titre à lui seul pèse déjà son poids de paternalisme évangélisateur, mais c’était il y a plus de cinquante ans, Mai 68 perçait à peine sous de Gaulle. On peut cependant voir une forme d’engagement politique dans le fait que des écrivains aussi prestigieux que Claude Simon ou Michel Butor viennent entamer une discussion sur telle page de Proust ou de Borgès avec des viticulteurs bordelais ou des employés d’un grand magasin toulousain.

Ces archives sonores étant maintenant en ligne, Yannick Kujawa, né en 1973, a pour sa part écouté la retransmission d’une rencontre de Marguerite Duras avec des lecteurs du Pas-de-Calais. Son ouvrage est une sorte de docu-fiction qui s’inspire des enregistrements réels pour créer des monologues intérieurs fictifs, hors magnétophone. Il tire son originalité – fascinante au fil du texte – de l’approfondissement à la fois sociologique et humain qu’il propose en faisant entendre les protagonistes de cette « veillée » littéraire. Dans ce livre choral, Hélène, Myriam, Czeslaw et d’autres laissent tour à tour apparaître en voix off leur personnalité – leur personnage. A travers leur sous-conversation, nous vivons de l’intérieur une émission un peu gênée aux entournures.

On sent combien Yannick Kujawa s’identifie à ses personnages. Il se projette avec empathie dans ce que Pierre Michon appellerait leurs « vies minuscules ». Qu’ils soient ouvrier, ingénieur, étudiant ou « fille et femme de mineur », tous revendiquent une même appartenance, celle de « la mine ». Face à l’écrivaine qui confond le Nord et le Pas-de-Calais, ils sont écartelés entre la fierté de former « un monde à part » et le sentiment d’être méprisés – « Nous ne sommes que misère et saleté, nous sommes des bêtes (…). Sombre mythologie dont on continue de nous affubler. » Chacun interroge sa propre identité sous le regard des autres, qu’il observe aussi. « Me voilà le Polonais de service », pense l’un. « J’ai quand même peur de dire des âneries », avoue une autre. « Je me sens nue », se dit une troisième. L’autodépréciation va bon train, mais « les intellectuels » ne sont pas ménagés. Méfiants envers les journalistes et Duras, ils renversent leur position passive d’une phrase parfois sarcastique, jamais méchante – « Elle prend de grands airs », « Elle n’a pas l’air très à l’aise », « Est-ce qu’on aime Zola ? Je m’attendais à (…) ce qu’elle mette ça sur le tapis. Forcément. » Mais ils apprécient aussi le moment car d’habitude, quand « les gens de Paris » se déplacent, c’est qu’« un puits s’effondre » et que « des gars sont restés au fond ».

Les voix successives ressuscitent un monde en train de mourir et les sentiments de solitude, d’abandon et d’humiliation qui l’accompagnent, mais aussi les questions politiques et sociales – l’Algérie, le Vietnam, la lutte des classes… On sent combien Kujawa s’identifie à ses personnages. Il se projette avec empathie dans ce que Pierre Michon appellerait leurs « vies minuscules », mais l’auteur le contredit avec Duras elle-même, citée en exergue : « Les petites gens, ça n’existe pas. » Si l’on a lu les précédents livres de Kujawa, Elle dit ou Haak (Le Bateau ivre, 2016 et 2018), on sait combien l’écrivain, lui-même d’ascendance polonaise et originaire du pays minier, souhaite leur rendre justice en montrant leur grandeur. Il n’échappe pas toujours au « bol de chicorée » et à la tournure populaire ; à force de débusquer le cliché, il l’expose, mais la progression du texte maintient une tension constante entre provocation et pudeur, sensibilité et ironie.

Les pages les plus émouvantes sont celles où chacun livre son interprétation nuancée d’un poème d’Henri Michaux, d’un passage d’Aimé Césaire ou d’Herman Melville, choisis et lus par Duras. Familiers du tragique, qu’ils mesurent dans leur existence personnelle, ils savent dire mieux qu’aucun écrivain la sobriété d’un style : « Pour exprimer la douleur, il n’y a pas de fleurs. » Ceux qui ont lu Duras évoquent aussi avec des mots justes ses personnages « irréels » : « Ils parlent au-dessus du silence, ils flottent, comme effrayés, ils résistent, pourtant, au gouffre. » Dans le prisme de leur regard, Duras paraît intimidée, mais pas dupe du risque de démagogie. Chacun est unique et seul, mais l’espace d’une rencontre, les textes les réunissent dans une puissance commune, un communisme de la littérature : « Ça nous aide à y voir clair, à lutter contre les idées reçues, les fausses certitudes, ça nous aide à arrêter de subir. »

Camille Laurens (écrivaine)

Vient de paraître

Yannick Kujawa, Toujours l'inconnu

Une bibliothèque des Mines, dans le Pas-de-Calais. Marguerite Duras est venue à la rencontre des habitués du lieu. Dans un coin de la pièce, tourne un magnétophone portatif, de marque Nagra. L’émission sera diffusée sur France Culture. Elle fera partie d’une série intitulée « Pour lire à la veillée ». On est en 1967.


« Yannick Kujawa, qui publie ici son cinquième livre, témoigne toujours de la même humilité face à la littérature, un peu à l’image de ses personnages. Il avance sans esbroufe parmi les mots, presque sur la pointe des pieds, sans particulièrement chercher à embellir les phrases. Ce qui lui importe dans cette histoire, je crois, c’est de restituer avec justesse la voix des gens modestes, comme il était déjà parvenu à le faire dans ses deux précédents romans (...)


Quand ils évoquent la culture, les gens modestes parlent communément de grande musique et de grands écrivains, comme s’ils jugeaient nécessaire de souligner aux yeux de leurs interlocuteurs la petitesse supposée de leur condition. Sans le vouloir, ils sont parfois les premiers à relayer les clichés auxquels trop souvent on les réduit. Cependant, il suffit qu’on leur fasse entendre tel extrait de Michaux, de Melville ou de Césaire, pour qu’aussitôt les mots, agencés d’une manière inhabituelle, parviennent à percer l’opacité de leur carapace. Ce n’est pas l’histoire qu’on leur raconte qui les atteint, mais plutôt le style, la manière de dire. À partir de là, tout un flot d’images remonte qui leur remue les idées. Car l’écriture, quelle que soit la forme qu’elle emprunte, se mêle toujours de politique. »

(Patrick Varetz, Préface)

 

Vient de paraître

Patrick Tillard, Un désir extrême (roman)

L’AUTEUR

Né en France, ce voyageur impénitent (il a parcouru l’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Amérique du Nord et l’amérique du Sud) a travaillé à Paris en tant que chef de production pour de nombreuses maisons d’édition.

Auteur de poèmes et de contes, il reçoit, en 2002, le Prix littéraire Jules Laforgue de la nouvelle, l’Apollon d’argent de la nouvelle (concours organisé par Poésie vivante) et le Premier prix du conte des Arches de l’océan (pour la nouvelle Les boîtes à Trésor).

En 1998, il se rend au Québec et s’installe à Montréal, où il achève en 2004 un doctorat en Recherches littéraires à l’Université de Québec.

Il a déjà publié un premier roman, Xanadou, des poèmes, des essais et des albums pour la jeunesse.



LE LIVRE

Un personnage émerge du vide, prend conscience de lui-même, explore sa représentation fictionnelle. En arrière-plan Robert Walser veille aidé de quelques pincées de Kafka et de Bartleby. Ce roman, voyage utopique, ressemble aux à-coups de notre survie avec ses interrogations, ses douloureuses hésitations, ses réponses chimériques. Armé d’une énergie peu commune et de visions troubles, le personnage se nourrit d’un inventaire d’images et de lieux éphémères avec une certaine illusion à l’égard de lui-même que ne dissimule pas sa grande ambition de dominer la littérature en despote. Cet être attachant tente ainsi d’exister dans un paysage mouvant, inlassablement en cours de création. Son récit doit être saisi comme une ensorcelante provocation à l’égard du paysage littéraire et de ses gémissements. Il y a donc du délire verbal, du sexe frustré, de l’excès et de la tyrannie, de la satire, du rêve et une certaine dose d’ironie. Son récit brouille et dévoile tour à tour une légitimation sans cesse repoussée, questionne intériorité, caractère, psychologie, espérances, dits et non-dits et bien sûr sincérité du personnage tout au long d’un voyage immobile.

 

Vient de paraître

Cécile Delalandre, La Bézote,
suivi de Reste la forêt

Préface de Lionel-Édouard Martin

Cécile Delalandre a ce talent d’écrire comme personne, me semble-t-il, n’écrit aujourd’hui, de créer par les mots ‒ matière, non pas outils, de son écriture ‒ un univers d’une irréalité toute poétique. Ses procédés vivants rappellent un peu ceux d’un Max Jacob, d’un Michaux sans doute, voire d’un Jean-Pierre Verheggen : rien de naïf, en tout cas, ni de spontané, ni d’artificiel pour autant, dans cette rhétorique (au sens d’art d’écrire) délectable où se révèle en sourdine une belle érudition littéraire, nourrie de lectures ‒ Ponge, Rimbaud, Céline… ‒ rappelées en clin d’œil, voire convoquées et allègrement pastichées. On rit, on sourit, on s’émerveille devant cette aptitude, comme le dit peu ou prou Guillevic dans un de ses poèmes les plus célèbres, à « tirer parti des mots », à écrire une littérature qui ne résulte pas d’une simple activité de rédaction mais d’écriture : preuve, s’il en fallait, qu’une oeuvre belle peut être drôle, et que l’humour, dès qu’il est fin, n’est pas l’ennemi de l’esthétique – et encore moins de la poésie.

Lionel-Édouard Martin


Cécile Delalandre s’est éteinte le 21 août 2019 à Perros Guirec, où elle s’était installée en 2015.

Née au Pays de Caux, Aînée de sept enfants, elle écrivait déjà, avant de savoir lire et écrire, racontant, se racontant des histoires. Puis elle s'était mise à écrire pour de vrai... vers 10 ans. Depuis, elle n'avait jamais cessé d'effeuiller des mots, des poèmes, des nouvelles, des contes pour enfants, des textes de chanson, comme Rio Negro et Marie-Louise pour Julien Clerc (Double Enfance, 2005). Elle voulait être écrivain, journaliste, comédienne, ou chanteuse et elle a été tout cela, un peu dans le désordre.

Femme de radio en France, puis au Québec, elle avait déjà publié cinq livres aux éditions Le Bateau Ivre :

Tess et Raoul, précédé de Breuilles

Poupie Limpopo

N’ai-je

Seule si là

Marie-Louise

Elle laisse deux romans La Bézote et Reste la forêt, que nous sommes fiers de publier.

9791092622492, collection Vert nuit, 152 pages, 18 €, distribution Sodis

 

On en parle

Un grand merci à Lionel-Édouard Martin pour cette magnifique préface, si éclairante. Puisse-t-elle inciter le plus grand nombre à découvrir tous les textes de Cécile Delalalandre. Nul doute qu'ils en seront enchantés.

 
 

À paraître en 2020

Cécile Delalandre, La Bézote, suivi de Reste la forêt

Patrick Tillard, Un désir extrême

Yannick Kujawa, Toujours l'inconnu

Hommage à Cécile Delalandre

Jean-Michel Devésa, Scènes de la guerre sociale

Lionel-Édouard Martin, Roxane

Hans Limon, Du temps que j'étais mort

(Dominique Hoffer, Les Secrets d'enfants, huile sur toile)

 

Auteurs

Jacques Audiberti

Dorothée Blanck

Yves Charnet

Nonce Casanova

Maryse Choisy

Cécile Delalandre

Serge Doubrovsky

Anatole France

Yannick Kujawa

Françoise Liminana

Pierre Louÿs

Thierry Paillard

Jacques Perry

Gilbert Pinna

Françoise Soldani

Jacques Sternberg

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Patrick Tillard

Alexandre Vialatte

 

La presse en parle

L'OBS, à propos de Jacques Perry

LE MONDE, à propos de Jacques Perry

LIBÉRATION, à propos de Muse toi-même (anthologie de poésie féminine)

OUEST-FRANCE, à propos de Cécile Delalandre

LA MARSEILLAISE, à propos de Françoise Liminana


L’OBS (Jérome Garcin), à propos de Jacques Perry

ELLE (Anna Gavalda), à propos de Jacques Perry

CAUSEUR à propos d’Alexandre Vialatte

ART PRESS, à propos de Jacques Perry

QUINZAINES, à propos de Françoise Soldani

BABEL HEUREUSE (revue), à propos de Yves Charnet

FRANCE CULTURE, à propos de Hans Limon

MEDIAPART, à propos de Jacques Perry

LA CAUSE LITTÉRAIRE, à propos de Jacques Perry, Yves Charnet, Gilbert Pinna, Hans Limon et Yannick Kujawa

AUTOFICTION, à propos de Yves Charnet et de Pourquoi Doubrovsky

ÉCRIRE, LIRE, TRADUIRE (Lionel-Édouard Martin), à propos de Cécile Delalandre

 

Bon à savoir

Libraires

Les ouvrages publiés par les Éditions Le Bateau Ivre sont distribués par la Sodis depuis l'été 2016. Les ouvrages antérieurs le sont toujours directement par Le Bateau Ivre.

 

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