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  • Le Bateau Ivre

À paraître le 21 août : Cécile DELALANDRE, Œuvres en prose

BREUILLES


C’était un Mardredi, jour de marché je crois, et sur l’étal de mon destin, j’ai laissé sans scrupule ma mère pousser et étaler ma viande sur laquelle elle aurait aimé sans doute, planter l’étiquette de l’agnelle Dei. A son grand dam hélas, j’apparus phacochère dès que dans mes yeux la lumière, du gris passa au rouge. Une condescendante lentille venue de je ne sais quel eau placentaire m’avertit du feu du dehors et je me fis cochonne mais sauvage surtout, et avec des défenses.

Ma première défense fut un cri, un cri comme un morphème sorti de mes entrailles et dont le son me plut. Sa désinence en si primal, n’en finissait pas de chanter dans ma bouche. On y plaça bien vite un téton bien laiteux qui me livra sur le champ, le pouvoir et le sens de mon premier phonème. (Lemme)


Les aubes me font chier. J'aime le crépuscule et ses promesses de couchant qui me laissent courbée sur le livre de mes heures. Je passe mes nuits à peindre les enluminures de mes insomnies sous les draps de ma retirance…. ça fait du vert de flambe dans ma joyeuse mélancolie. Et puis quand vient l’aurore, mon verbe devenu miniature se fond sous les paupières de mon sommeil gras, et mes matins se meurent. (Octobre)


Le jour n'est pas ma glaise, je m'y sens étrangère. Je feins d'y demeurer mais ma loge est ailleurs. En trouverai-je la clef dans la luisance du crépuscule ? Je pars à sa conquête, belle et bête affamée de lumière, de celle qui me fera entière comme une trinité.

Gorgée de cette félinité jusqu'au bout de la griffe, je grave mon empreinte sur les folios de la nuit. Je rampe, je frôle, je rase, je rode, je bondis, je détale et glisse sur des pavés qu'une mouscaille recouvre sur une pierre qui feint de n'être que granite. Je sais son imposture. Je me tais, je cours. (Argos)


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