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  • Le Bateau Ivre

À paraître le 21 août : Cécile DELALANDRE, Œuvres en prose

SEULE SI LÀ


Géronima ma brune, mon Apache de Pigalle, pourquoi la coccinelle s'est posée sur ta paume, toi qui préfère l'ombre pour raviner ta voie à la hache de tes mots ? J'entends pourtant au loin sous mes couches de platines couler la même musique. Seul le tempo varie. Toi tu punkes ta vie dans le regard des loups que tu prends pour fanal en chevauchant ta plaine. Sur ma main, jus de pomme, je la lèche, j'aime bien.

Géronima ma brune, mi sun mi shadow, tu emplis mon écran comme une belle de Mai. Je te vois qui katemoss en ondulant des fesses comme une top model sur Lambdawood boulevard. C'est beau comme un tango que sculpterait la grâce une plume à la main guidée par Debussy tandis que Ravel veille. (...)

Mon Apache de Pigalle t'as le sourire d'un ange qui planterait des flèches dans les yeux des cow-boys. T'y sème des spot-lights, ça éclaircit ma vue, ça réjouit mon instant. Zoom arrière, tu t'éloignes. Géronima ma brune, juste eu le temps de voir au fond de ton regard des pages déjà écrites qui trépignent de soif en rêvant d'encrier.

La coccinelle pourtant n'a pas quitté ta paume. Géronima ma brune, mon Apache de Pigalle, accroche-là à ton doigt comme un bijou sacré. Elle sera ton totem où comme des étoiles, ses sept petits points dessineront pour toi les Églises de Saint-Jean. Et tu pourras ainsi sur les ailes du moulin faire souffler ton verbe. (Geronima)


Michèle Torr fredonnait « Emmène-moi danser ce soir » et les nuages là-haut s’enlaçaient en valsant sur l’air doucereux bien que rocailleux de la chanteuse.

Le ciel de cet Avril avait dans sa tignasse des plumes de tourterelles. Il aimait à frôler les feuilles des mimosas que ça émoustillait jusqu’aux pointes des frissons où tête la chlorophylle. De cette roucoulade jaillissaient sous les nez, les effluves captives de leurs billes si jaunes. Parfois il s’égarait sur des plages atlantiques en poussant sur la grève un couple énamouré shabadant l’un vers l’autre. Il lui arrivait même d’asseoir sur ses cirrus des Peynet alanguis sur un banc de vapeur. Le ciel de cet Avril avait le cœur baudruche. Il n’en fallait pas plus à Bérangette pour gonfler le sien d’un cui-cui de romance. (Roro)


Assise dans son bow-window, Jeanne se fait sentinelle. Elle festonne sa faction en brodant des nappes d'humanité sur des tissus de l'un sans perdre le pli des autres même si parfois des voiles au loin viennent troubler ses yeux d'un orbe qui serpente. De sa bulle de fenêtre échappée de son âtre, elle plane au-dessus des grèves et tel un goéland, affleure les rivages de tous les continents. Jeanne n'a pas de patrie. Elle guette. Et poussée par le vent, elle veille aux déferlantes. (...)

Dans son astronef de fortune, Jeanne dérive, ballottée entre ces sanguinaires uns et ces cupides autres. Au Nord comme au Sud c'est la même vision. Mais Jeanne est le monde. Elle se souvient que du Chaos naquit Gaïa et que l'oriel qui gonfle son antre est la vie toujours recommencée. Alors, quittant son bow-window, elle ouvre la porte de sa demeure et sort vers des champs en jachère. En bon soldat, cette petite bête à Dieu et à Diable, n'a pas oublié son arc en ciel, celui qui sème des flèches d'Espérance. (Arcanciel)

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