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  • Le Bateau Ivre

À paraître le 21 août : Cécile DELALANDRE, Œuvres poétiques

Comme je t’aime

Du bout des doigts je frôle ta bouche,

J’effleure ta joue et je retouche

Ta bouche encore, et j’envisage

D’autres voyages sur ton visage.

Je m’aventure sur ta paupière,

Et glisse jusqu’à sa lisière,

Qui tressaille sous ma caresse

Comme un clignement qui acquiesce.


Je lisse tes cils à rebrousse-poil.

Ça fait dans tes yeux des étoiles

Qui brillent et filent dans les miens

Comme si c’était le même chemin.


Ma main s’égare vers ton oreille.

Habile et fine, elle réveille

Ton lobe qui love dans tous les sens

En recevant mes confidences.


Perlant d’amour mes doigts se coulent

Vers ta nuque fière où je déroule

Nos rires nos gestes nos chants nos mots

Sur un frisson qui fait le beau.


Comme je t’aime c’est bien plus grand,

Plus fort, plus gros, plus qu’un volcan !

Plus loin, plus haut que le soleil !

Comme je t’aime c’est pas pareil !


On s’équité

Moi je te homme, toi tu me femmes

En parallèle, sur la même gamme.

On joue la note à coups de signes,

Laissant la clé à la consigne.


La partition court sur nos sens

Sans un coda, juste en free-lance,

Toi comme moi, moi comme toi,

Unis égaux sous le même toit.


On s’est aimé, on s'est mimé,

Dans le carcan de l’hyménée.

On s’est blotti, on s’est chéri

Entre les draps de l’union-lit.


Toi comme moi, moi comme toi,

Unis, égaux sous le même toit.

De la cuisine jusqu’au garage,

On se partage le ménage.


Même au-dehors de ce sweet-home,

Toi tu me femmes, moi je te homme.

Mais dans la rue, dans la cité,

Pas d’harmonie, d’égalité.


Pour le même rôle, le même devoir,

Toi tu es l’homme, tu as l’avoir.

Moi je suis femme, rien qui ne vaille

Et ce contrat a comme une faille.


Quand on retrouve l’appartement,

Qu’on superpose nos appointements,

On ne joue plus la même gamme,

Le scénario change de trame.


Tu récupères ta peau de mâle,

Tu veux tes chaussons et ta balle,

Ce que ta trompe te confère

Quand elle s’érige en cimeterre.


Alors moi femme, je m’en vais.

Toi tu te hommes sur ton fait,

Affalé dans ta certitude,

On ne change pas tes habitudes.


Et le chant des Simone m'éveille

Les Beauvoir, Signoret, les Weil,

Et j'en délaisse ma peau de singe

Pour me retrouver dans mon linge.


Finalement, je t’ai quitté,

Sans être quitte d’équité.

Finalement, je t’ai quitté,

Sans être quitte d’équité...

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