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  • Le Bateau Ivre

À paraître le 21 août : Cécile DELALANDRE, Œuvres poétiques

Nattes and Day

Je tresse des nattes avec mes jours,

De mèche avec vous, je festoie, Mais avec loi pour tout recours De ne pas trahir mes émois. Et moi et moi tel un mainate J'entasse vos rires et vos misères Comme un doux liquide qui hydrate

Mon verbe asséché sous la serre.

Gorgée de vous, je suis bien moi, Et plus j'aspire et plus j'attire, Et plus j'attire, moins je vous vois Tant je louvoie entre vos dires. Repue de vous, j'étouffe parfois Pour avoir happé vos délires Contre des mots de bon aloi Que vous aviez pris pour désirs.

Dans ma musette de colporteur

Où j'amasse tous vos bris de notes

Qui nuit et jour me sonnent au cœur

Je puise le fruit de mes litotes.


Alors je détresse mes nattes Sur mes épaules ébouriffées

Où se répand une sonate Dont seule je connais la clef.


Animata

Sur ton sable de feu que tes pieds nus effleurent

D’une empreinte légère à l’indolente ardeur,

Tes rondes fesses ondulent esquissant un oriel

Sur la chapelle lisse de ton dos qui m’appelle.

Aminata ma lionne, mon antilope fière,

Mon ivoire, ma tour, ma divine, ma sorcière,

Ta peau de jais qui luit sous ton arbre à palabres

Me conte des voyages qu’aucune voix ne cabre.

Glisser comme une goutte ruisselant sur ta croupe

Et me laisser bercer aux voiles de ta chaloupe,

Me poser comme un grain à l’orée de ta cuisse

Et m’abreuver sans fin au miel de tes abysses.

M’étendre sur ta peau aussi douce qu’une moire,

Y broder des dentelles en faire mon écritoire,

Oser ma langue folle sur tes mamelles offertes

Au ciel de ton Afrique où les aigles dissertent.


Plonger dans la savane de ta crinière bleue,

Allumer de torsades le noir de ton cheveu,

Humer jusqu’à l’ivresse l’alcool de ton raisin

Et m’en presser la lie à en mourir demain.


Je suis ton sirocco chargé de grains d’amour

Venu souffler sur toi l’épice de mes velours

Et sous le baobab où l’éléphant s’endort

Nous boirons si tu veux le vin de palme encore.

Aminata ma lionne, mon antilope fière,

Mon ivoire, ma tour, ma divine, ma sorcière,

Je me ferai griot pour clamer à tes frères

Que je veux t’aimer libre comme coule la rivière.

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