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  • Le Bateau Ivre

À paraître le 6 mars : Jacques Perry, Théâtre



LE MARABOUT, comédie en deux actes (2)


Dans une cabane perdue au milieu de la forêt vit une famille de bûcheron : Magnus et Aurélie, leur fille Marianne et Josepha, la mère de Magnus.

Le jeune Parfait leur rend souvent visite, dans l’intention de séduire Marianne.

Un jour, surgit soudain un grand oiseau noir qui s’éprend de Josepha.


***

Marianne

Aurélie s’en allait parce que Magnus l’avait blessée d’un mot, Aurélie. Magnus veut commander tout le monde. Parfait n’est pas parfait. Josépha a mal aux os et le dit trop. Aurélie et Josépha détestent la forêt, Aurélie et Josépha. Magnus est avare ; il est sale, Magnus. Nous sommes tous sales. Aurélie est paresseuse. Magnus est brutal ; il ne pense qu’à couper des arbres, Magnus. Aurélie a le diable au corps, Aurélie. Parfait joue mal du fifre et moi je suis bête comme une oie.

***

Magnus

Moi j’ai toujours faim. Je ne me lasse ni de mes arbres ni de ma femme. Ma maison est belle, ma mère est bonne et ma fille est pucelle.


Aurélie

Tes arbres, ta femme, ta maison, ta mère, ta fille ! Tout dans le même sac. Tes possessions, qu’on les respecte ! Sais-tu qu’on t’appelle « qu’on » ? Nous sommes tes « on ». Les arbres, les « on » de ta hache, moi le « on » de ton vit. Je voudrais t’imposer un temps de pénitence. Plongé en toi, aveugle et sourd, tu ne me verrais ni ne m’entendrais. Et je pourrais m’aérer un peu, secouer mes jupes, y faire entrer de l’air et d’autres regards. Je voudrais fleurir dans d’autres yeux sans allumer ta jalousie. Une longue vacance, Magnus, je t’en prie. Et je te reviendrais chargée d’odeurs nouvelles.


Magnus

Quel homme serais-je sans ton corps ?


Aurélie

Donne congé à tes arbres, va te promener avec Marianne, montre lui le monde, les grands cèdres au bord de la mer bleue, les sapins de la Chartreuse, les ifs des collines toscanes.


Magnus

Et que ferais-tu, pendant ce temps-là ?


Aurélie

J’irais à la ville et je me donnerais à tous les hommes qui ne sentent pas la terre. Je chercherais la caresse des mains à plume, à raquette et à palmes. Pas d’armes, plus de haches, j’échappe aux filets. J’aimerais poser nue pour un peintre ; un regard amoureux de mes lignes et qui se moque de mes fentes. Cent regards, mille œillades. J’aimerais nager dans une eau lisse où glissent le long de mes cuisses les poissons lisses.


(Nolde)

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