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  • Le Bateau Ivre

À paraître le 6 mars : Jacques Perry, Théâtre

LE MARABOUT, comédie en deux actes (3)

Josépha

Moi qui ne sortais plus de cette forêt dégoulinante, avec vous, je rêve de villes blanches, de villes ocres, j’entends les appels des muezzins.


Loiseau

Je vous apprendrai le chêne liège et le chêne vert, l’eucalyptus, le draçaena, le myrte, le henné, les hamamélidacées et les onagracées.


Josépha

Je n’en aurai jamais assez. Soûlez-moi de mots. N’oubliez pas les plantes carnivores, les serpents, les forêts de bois rouge, les lianes géantes. Merveille, Loiseau, des semaines de contes à dormir debout, à ne pas dormir. J’oublierai tout ou je ferai semblant et vous recommencerez comme Shéhérazade (...)


Josépha

Vous ne vous êtes pas marié ? Vous n’avez pas d’enfant, de petits.


Loiseau

Non. J’ai toujours été attiré par les femmes mais je n’en voyais aucune qui me plaise vraiment. Trop fraîches, trop roses, trop grasses… Un jour, j’étais près de l’étang, je vous ai vue passer dans les roseaux, raide, la peau plissée ; presque sèche, la jambe maigre, les bras plaqués contre vos cuisses. Vous portiez un châle qui tombait de vos épaules, comme des ailes.


Je n’ai pas osé vous aborder. J’avais déjà rencontré d’autres femmes, moins belles que vous, mais quand je leur parlais, au lieu de me répondre, elles s’enfuyaient, épouvantées.

Vous, quand je parle, ça vous émerveille !


Josépha

À vous, je peux tout dire.

J’ai aimé un berger, là-haut. Il n’avait que la peau sur les os.


Loiseau

Quelle beauté ! Il est mort ?


Josépha

Il y a longtemps. Combien de temps vivez-vous, les marabouts ?


Loiseau

Oh, je dois être à terme. Ou presque.


Josépha

Moi, je l’ai dépassé.


Loiseau

On doit se dessécher très bien sur votre montagne.


(Nolde)

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