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Écrire


Écrire a toujours été pour moi un plaisir. Et ce, même dans les moments difficiles. J’ai aimé écrire à mon mari, Henri, quand on se fréquentait, quand il faisait son service militaire. Tous les jours il avait une lettre. Au moins une. Dans mes lettres je lui disais ce que j’avais sur le cœur, dans cette jolie langue qu’est le français, avec cette belle écriture qu’on m’envie tant. Pour dire son sentiment, il faut de belles lettres bien formées, une belle orthographe, de jolies phrases. À l’école, j’étais bonne en orthographe, mais les rédactions c’était mon régal. Le samedi matin. Une fois la directrice a été saisie, on avait fait une rédaction sur le thème du laboureur et elle avait lu la mienne. J’avais employé le mot fourbu, elle s’est étonnée de ce que je connaisse ce mot. Qu’est-ce que vous voulez dire par là, Anita ? m’a-t-elle demandé. J’ai répondu que c’était comme si la machine lui passait sur le corps. J’étais fière de mon coup. C’était ça être fourbu de fatigue. C’est comme si l’outil se retournait contre

nous, comme si le travail, au lieu de nous nourrir, nous renvoyait à la terre, dans d’atroces souffrances.


Yannick Kujawa, Elle dit,


9791092622218, Collection Vert Nuit, 160 pages, 16 €


(Vallotton)

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