Rechercher
  • Le Bateau Ivre

C'est fini

Michel Gros-Dumaine, psychanalyste et écrivain donne un recension du livre de

Patrick Tillard, Un désir extrême


collection Vert nuit, 432 pages, 26 € 9791092622508, distribution Sodis


Dans " De Bartleby aux écrivains négatifs ", thèse d'un doctorat en Recherches littéraires à l'Université du Québec à Montréal défendue avec succès en 2008 et publiée en 2011 aux Editions Le Quartanier, Patrick Tillard offrait l'étude approfondie d'une littérature faite d'oubli, de refus, de renonciation, d'absence et d'attirance vers le néant. Elle marquait son attrait pour ces écrivains tel Robert Walser qui trouvaient à dire leur refus des modalités de la fabrique littéraire.

"Un désir extrême" de Patrick Tillard publié aujourd'hui aux Éditions Le Bateau Ivre est, au plus près de la définition situationniste, une dérive au cœur du spectacle de la littérature.

À l'instar du "Contre le cinéma" de Guy Debord constitué des seuls scénarios de ses trois premiers films : "Hurlements en faveur de Sade" (1952), Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps (1959), "Critique de la séparation" (1961), Patrick Tillard nous livre à travers la seule écriture d'"Un désir extrême" un "Contre la littérature" inspiré et sans entraves.

"Il est maintenant étendu dans la neige immaculée, muet comme il rêvait de l'être." Cette phrase issue de "De Bartleby aux écrivains négatifs" qui vient clore la partie consacrée à Robert Walser se poursuit ainsi: "Aucune pression douloureuse dans la lumière neigeuse : Robert Walser, poète, prend congé comme un rêveur serein, le voici arrivé."

C'est à l'aune de cette conclusion que va prendre naissance le personnage principal d'"Un désir extrême". "Il suffirait de le séparer avec douceur de la tendre neige et du silence qui vibrait". Tâche ardue que celle d'inverser le procès engagé de la disparition, "Pas aisé de naître, d'être un personnage mal dégrossi dans un paysage de neige."

C'est pourtant ce à quoi s'engage Patrick Tillard dès la genèse de cette narration irréductible aux histoires, contes et fabliaux auxquels nous assujettissent les littérateurs patentés et adoubés par le système littéraire et marchand.

"Il naissait en exilé", donc. Seul, dans l’entre-deux du néant et de l’ex-sistence, là où le monde hanté par son propre concept offre le jeu de toutes les fictions possibles, là où le vivant s’avance et s’épuise à construire le temps de son être incertain.

Bingo!

Il va naître. Son terrain de jeu-je fictionnel: la littérature, fiction de la fiction s’il en est.

D’abord un personnage lambda qui aperçoit sa chance d’être pris dans la langue luxuriante de son auteur. Ça le titille le ressuscité de suivre l’exemple de son scribe. Personnage-auteur lui-même, fusion d’excellence s’il en naît. C’est parti mon kiki. La littérature n’a plus qu’à bien se tenir, tata taratata le voilà.

Et toi ami lecteur qui fabrique aussi la littérature, si ton désir extrême c’est de te lancer dans l’aventure, d’y jouir au fil des 427 pages du désir de l’autre: fonce. Mais sois prudent tout de même, quelques surprises t’attendent. Fais le pari qu’elles affineront ta propre fiction comme les illusions où te tient encore la société du spectacle des Lettres.

Le blog de Michel Gros-Dumaine : michelgrosdumaine.blogspot.com

0 vue
 

©2019 by Editions Le Bateau Ivre. Proudly created with Wix.com