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  • Le Bateau Ivre

Comme un matériau brut qui vient de la nuit

Mis à jour : juin 5

À paraître le 10 juin :

YANNICK KUJAWA, TOUJOURS L'INCONNU (Fiction.s)

Préface de Patrick Varetz


Czeslaw

La poésie, on n’en lit pas assez, c’est vrai. Même si je regarde Le Club des poètes, ils passent ça à la télévision. Tard, trop tard, oui. Et c’est court, si court. Des gens, des comédiens, viennent lire de la poésie actuelle, moderne. Ils le font en musique. Les gens ils sont assis comme dans un bistrot, ou plutôt un cabaret, et le comédien il récite devant la petite assemblée. Assis à leur table, ils écoutent attentivement, ils ont l’air rêveur, les spectateurs. On est devant l’écran, quelqu’un joue du piano, de l’orgue, de l’accordéon, ou de la guitare, ça dépend, les gens rêveurs, le comédien qui y met tout son cœur, ça m’emmène ailleurs. Même quand les poèmes parlent de la guerre, d’amours tristes, de la mort, les mots ils nous portent. Les voix aussi, celle de M. Mouloudji, par exemple. Il a une vraie voix de poète, M. Mouloudji, quand il récite La Chanson du mal aimé de Guillaume Apollinaire.


Alors, c’est sûr, Madame Duras elle lit moins bien. Enfin, elle ne dit pas les poèmes de la même manière. Déjà elle lit, elle ne dit pas les poèmes par cœur. Ensuite, c’est un peu plus scolaire. Mais pas toujours, quelquefois elle se laisse emporter par le poème et elle arrive à me toucher. C’est comme ça qu’il faut lire. La lecture, la déclamation d’un poème, ça doit produire une sorte de réaction chimique. Avec ce que l’on remonte des puits de mine, du fond, on peut élaborer des tas de produits dérivés. Avec un texte j’ai l’impression c’est pareil, on peut rendre une infinité de choses, le texte est là, on le lit, et on le lit à sa manière, avec sa raison, avec son cœur on le transforme, on est tous uniques, heureusement, et pas toujours dans le même état d’esprit. Le poème, c’est un peu comme un matériau brut, qui vient de la nuit, et la lecture, ce qui sort de la lecture, c’est une réaction chimique différente à chaque fois.


9791092622515, collection Vert nuit, 168 pages, 18 €, distribution Sodis


(Marguerite Duras, 1974)

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