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Dans la sève du chêne

Jacques PERRY nous a quitté il y a 4 ans déjà. L'année prochaine sera celle du centenaire de sa naissance. Et nous avons, avec Katalin et la belle association qu'elle a créée à sa mémoire, plein d'idées en tête, dont nous reparlerons. (www.jacquesperry.com)


Lors de ses obsèques, Katalin m'avait fait l'honneur de me demander de prononcer quelques mots :


J'ai découvert les livres de Jacques Perry dans les années soixante-dix avec Le Trouble-source (75), Le Ravenala ou l'arbre du voyageur (76), Les Fruits de la passion (77), L'Île d'un autre (79), Folie suisse (83), plus tard Alcool vert (89), Les Tâches du léopard (92), Les Sables roses d'Essaouira (94), Le Gouverneur des ruines (2002).

Tout de suite il devenu un de mes auteurs favoris, au côté d'un Maurice Pons, par exemple, tant la lecture de ses textes m'était jubilatoire. J'y trouvais ce que je recherche toujours obscurément : des livres qui ne ressemblent à rien de ce que je connais ; des livres aussi qui s'imposent par la maîtrise du style : quand on a le sentiment que chaque mot est à sa place, indispensable, qu'il n'y en a aucun de manquant ou bien de superflu, lorsque la phrase s'écoule comme une source vive.

Perry était avant tout un fabuleux raconteur d'histoire, ainsi qu'un formidable créateur de personnages, dont il fouillait l'intimité au point de nous permettre de nous y incarner le temps trop court d'un roman. Et puis c'était un païen, doté d'un pantagruélique appétit de la vie, amoureux tant du corps des femmes que des beautés multiples de la nature, une sorte de panthéiste malicieux, dont la sensualité discrète mais profonde et omniprésente colorait les textes à la manière d'un peintre aux touches à la fois délicates et viriles.

Lorsque m'a prit la folle idée de fonder une petite maison d'édition, alors que je n'avais encore publié que deux livres du domaine public, j'ai eu le culot de le contacter et il m'a fait l'immense honneur non seulement de me confier la réédition de deux de ses œuvres majeures « Vie d'un païen » et « Yo Picasso », puis de deux textes inédits « L'Enchêné » et « Nô », mais aussi de me permettre de faire sa connaissance, en me recevant, avec sa délicieuse épouse Katalin, toute une journée dans leur jolie demeure d'Iverny, pleine de toiles de ses amis peintres, de livres et de souvenirs. J'y ai passé à ses côtés une journée passionnante et inoubliable, au cours de laquelle j'ai tout de suite été conquis tant par sa gentillesse, son charme et sa malice que par l'étendue de sa culture, sa profondeur et son énergie créatrice. Bien sûr, je l'ai revu lors de sa dernière dédicace, mais je garderai toujours le regret de n'avoir pu venir à nouveau lui rendre visite, comme il m'y invitait. Mais il reste ses livres...

Enraciné dans le sol, la tête pleine d'histoires, tel m'apparaît Jacques Perry. Il circule désormais dans la sève du chêne, d'où il nous observe, goguenard.



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