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  • Le Bateau Ivre

C’EST MARDI 15 JUIN POUR LE CENTENAIRE DE SA NAISSANCE QUE PARAÎTRA : LIRE JACQUES PERRY

(Katalin PERRY dir.), collection Amarante, 200 pages, 20 €


C'est encore Jérôme Garcin qui en parle le mieux.


À propos de « Folie Suisse » (Les Nouvelles littéraires, 1983)


De livre en livre, Jacques Perry brouille ses pistes, virevolte, gambade, avec un talent dont son nouveau roman est une preuve de plus.


Jacques Perry est un drôle de bonhomme. Il semble traverser la vie et la littérature en sautillant, en souriant, en s’amusant. Rien de plus grave, pourtant, que ses livres. L’écrivain n’étant pas carriériste pour un sou, il échappe aux clans, aux routines, aux mondanités. […] Jacques Perry nous échappe ? Tant mieux : c’est qu’il se faufile hors des sentiers battus, c’est qu’il rêve, c’est qu’il musarde.

Romancier ? Oui. Mais d’abord conteur, fabricant d’histoires, artisan des mots. Ses livres ressemblent toujours un peu à ces pochettes-surprises en papier phosphorescent qui font la joie des enfants : on ne sait jamais ce qu’il y a dedans, mais on n’est jamais déçu.


Un roman-tourbillon

Il y a pourtant des thèmes qui reviennent, peut-être inconscients, tout au long de son œuvre : les rapports difficiles entre un père et ses enfants, les impasses de la vie de famille, « La Liberté en croupe » (titre d’un de ses romans) ou comment réussir sa vie sans être le nième rouage d’une société-machine, la recherche du jeu, du bonheur, de l’état d’enfance, et de ce fantastique qui rôde, pour peu qu’on y fasse attention, derrière chaque parcelle de notre quotidien. [...]

Rendez-vous manqué

[…] Jacques Perry, lui, a gagné son pari : nous faire rêver, voyager, gambader et toucher du même coup les parois du délire, de la solitude, de la mémoire, de l’amour. Voilà un vrai roman des temps modernes (la mode n’est-elle donc pas aux « congés sans solde », aux « années sabbatiques » ?), comme le miroir d’une époque où jamais la raison des techniciens de la vie et la pure folie des êtres à l’abandon se sont à ce point frôlées, chatouillées, taquinées. Saint-Réal des années 80, Jacques Perry a promené son miroir le long des cœurs d’aujourd’hui, comme pour en faire jaillir ce petit grain de folie que chacun de nous s’efforce d’oublier, de cacher. Jusqu’au jour où… Un dernier mot : Perry, pour nous convaincre, a trempé sa plume, de fort belle qualité, dans une encre riche, épaisse, lumineuse et cela donne un livre qui n’est pas prêt de s’effacer, je vous le dis.

À propos de « Marin » (Le Nouvel Observateur, 1998)


Il a beaucoup écrit, reçu de nombreux prix, été un peu négligé par la critique. A 77 ans, il rêve de refaire sa vie.


[…] D’ailleurs, Jacques Perry n’en finit pas d’illustrer, dans ses romans, un perpétuel éloge de la fuite. Lâchés dans la forêt française (« Le Ravenala ou l’Arbre du voyageur », prix du Livre Inter), sur « L’Île d’un autre », en Nouvelle-Guinée où on cueille « Les Fruits de la Passion », à Rio (« Alcool vert ») ou simplement dans le 1er arrondissement de Paris (« Le Cœur de l’escargot »), ses personnages poussent jusqu’à l’indépendance contractuelle (« Folie suisse ») le besoin de briser la monotonie de l’existence, de résister, par tous les moyens, au confort, ses habitudes, son ennui. La littérature, c’est encore la manière la plus convenable de vivre en rupture de ban, de faire le fou, de s’inventer d’autres destins, de voyager à l’œil.

À propos de « Bel et moi » (Le Nouvel Observateur, 2017)


Très discrètement, Jacques Perry s’est éteint, à 94 ans, le 23 avril 2016, dans sa maison d’Iverny (Seine-et-Marne). Il avait écrit une trentaine de romans, reçu plusieurs prix, dont le Renaudot et le Livre Inter, connu, à parts égales, le succès et l’insuccès, mais n’avait jamais eu le goût de frayer avec le milieu littéraire, qui le maintint toujours à sa marge.

Il s’en moquait (je me souviens de son rire rabelaisien), car il préférait la compagnie des peintres à la fréquentation des importants et le spectacle des arbres malgaches à la comédie des vanités parisiennes. Somme toute, cet écrivain prodigieusement doué, inventif, luxuriant, n’avait pas le souci de sa postérité.


Jacques et Katalin Perry, 2014 à la librairie L'Arbre à lettres pour la réédition de Vie d'un païen"

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