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  • Le Bateau Ivre

Jacques Sternberg, Vivre en survivant


J'écris avec d'autant plus de fièvre que je sais dans quel bourbier je m'enfonce et qu'en écrivant j'arrive à l'oublier, à me défouler en l'injuriant, en le dénonçant, en le réduisant en bouillie. Et c'est bien vrai que j'écris surtout – donc régulièrement et sur les nerfs – quand tout va mal, quand je m'ennuie avec tout le monde, quand le monde m'effraie, me traque et me donne envie de mordre. Alors je ne pense plus qu’à me retirer en moi, au plus profond de mon bureau-refuge et à oublier les aspérités du quotidien, les miasmes minables de la réalité dans le délire des mots, la tempête des phrases, la hargne et la mépris, le saugrenu en l'humour, cette politesse du désespoir qui est aussi une pollution de l'espoir. L'humour et la révolte, bien sûr, l'un ne va pas sans l'autre et vice versa. Je me sens vraiment en état de grâce pour écrire quand je suis giflé par les affres du quotidien et la bêtise ambiante, donc en état de révolte. Et je ne tiens le coup dès lors qu'en me donnant à l'humour, sur papier, cet humour qui devient mon meilleur système de défense, mon réseau d'anti-corps.


9791092622294, Collection Amarante, 216 pages, 18 €

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