Rechercher
  • Le Bateau Ivre

Je pense à la baleine

YANNICK KUJAWA, TOUJOURS L'INCONNU

Préface de Patrick Varetz



La troisième guerre sera pire que tout. On sera comme la baleine de Melville, on nous aura trouvé, pour nous tuer. Qu’on soit communiste, anarchiste, républicain ou je ne sais quoi. Voilà où on en est. Marguerite Duras lit d’une voix fatiguée. Ça doit faire une bonne heure qu’on a commencé. Mais j’ignore si c’est ça ou si d’un coup elle en a assez. Elle nous lit la mise à mort de la baleine. Elle ne parvient pas à donner du souffle aux phrases, aux images de Melville. Elle reste comme un peu au-dessus des phrases. Je ne trouve pas ce passage magnifique, même si c’est bien écrit. Seulement la scène est barbare. Je n’éprouve aucun plaisir à l’entendre. J’éprouve seulement de la pitié pour la baleine. Et je vois autre chose qu’une baleine, qui se défend comme elle le peut, qui se défend bien, d’ailleurs, même si c’est pour rien. Je n’y vois pas Dieu, certainement pas, non, j’y vois simplement la barbarie de ces marins surexcités, ils n’ont pas d’humanité. Je vois la barbarie des Hommes. Madame Hélène trouve l’écriture d’une grande sensibilité, le chef Jean pense que la scène serait meilleure filmée, projetée sur un écran, Henri n’est pas du tout d’accord, moi je me tais et je pense à la baleine, je pense aux êtres humains. Marguerite affirme que c’est un très grand chef d’œuvre, elle a peut-être raison.


9791092622515, collection Vert nuit, 168 pages, 18 €, distribution Sodis

0 vue
 

©2019 by Editions Le Bateau Ivre. Proudly created with Wix.com