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  • Le Bateau Ivre

Jean-Marc Roberts et Claude Bonnefoy, à propos du « Trouble-Source » (1975)

(Katalin PERRY dir.), LIRE JACQUES PERRY

collection Amarante, 200 pages, 20 €

distribution Sodis


Jean-Marc Roberts (Le Quotidien de Paris, 1975)


Perry la surprise

Quand il arrive quelque part, on peut être sûr qu’au bout de cinq minutes et pendant un bon quart d’heure, il va se passer des choses extraordinaires. Après il s’en ira, écrire un nouveau livre ou marcher dans les bois, cela importe peu. Ce qui compte c’est sa visite, son regard sur les choses, son vocabulaire insensé, ses allusions, incompréhensibles pour la plupart, mais touchantes.


Jacques Perry c’est la surprise, l’étonnement d’un enfant perdu devant la vie qui passe. A son quinzième livre, « Le Trouble-Source », on a l’impression qu’il écrit encore son premier roman. Voilà la bonne raison qui l’empêche d’être un auteur à succès : « En France, constate-t-i amusé, on devrait toujours écrire le même livre pour rester un best-seller. Moi j’ai besoin de changer le monde, je sais parfaitement que cela m’est impossible, alors je change les livres. »

Prix Renaudot pour « L’Amour de rien », Prix des Libraires pour sa « Vie d’un païen », cela ne l’a pas « écrasé ». Une petite voiture, une petite maison et beaucoup d’air lui ont suffi pour nous donner une attachante « Mère Paradis » et aujourd’hui ce « Trouble-Source », drôle de roman en marge, destructeur, purificateur et surtout délirant.

Un roman-cyclone qui part dans tous les sens sous la conduite d’un personnage bien étrange, un certain William D., qui, envoyé par le ministère de l’Environnement pour étudier la dépollution d’une rivière, découvre un pays égaré où vivent trois jeunes filles adeptes des jeux les plus dangereux, friandes des situations les plus délicates.

Avec elles, avec d’autres, William D. tentera d’aller au bout de sa vie et de ses rêves… Le beau voyage !

Partie de plaisir ou fin de partie, « Le Trouble-Source » bouscule prodigieusement la production actuelle. Il faut donc s’y plonger, s’y noyer et s’y perdre.



Claude Bonnefoy (Les Nouvelles Littéraires, 1975)


La fable du destin


Jacques Perry n’est pas de ces auteurs qui remettent leurs pas dans leurs pas, écrivent toujours dans le même style des histoires toujours construites de la même manière et reprenant inlassablement les mêmes thèmes. Perry est un conteur qui aime pareillement observer et inventer. Il ne craint ni l’analyse délicate, ni la tranche de vie gaillarde, ni les sujets insolites. Certes, il lui arrive parfois d’être victime des conventions du récit classique ou bien d’un faux bon sujet comme dans « Mère Paradis », son roman précédent. Mais Perry, du moins, prend des risques – et d’abord celui de déconcerter son public. Les prenant de nouveau, il nous donne avec « Le Trouble-Source » un de ses romans les plus singuliers, peut-être le plus réussi, et assurément le plus neuf…

[…] William est l’innocent qui dérange l’ordre des choses. Sa fantaisie, son désir de plaire, son manque d’adhésion au réel, l’entraînent dans une sorte de conte de fée, agréablement sensuel, dont il sera le metteur en scène heureux jusqu’au moment où les mécanismes qu’il a déclenchés se dérégleront tragiquement. Le conte de fée alors devient une fable : celle du rêve et du destin ; celle de l’impossible pureté, celle aussi des pouvoirs de la fiction et de l’écriture. Par là, « Le Trouble-Source » est beaucoup plus qu’un divertissement séduisant.

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