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  • Le Bateau Ivre

Joyeux Noël à tous !



Il pleut, ne pleut plus, peut, ne peut plus. Je le sais bien ce ciel moi qui comme lui clignote. Impossible de fixer ma couleur autour d'un sapin déraciné. Je suis une guirlande et je m'appelle Stella. Désuet. Il n'y a plus d'étoiles et celles qui croient l'être se font la guerre. Je n'orne même plus l'enfance et le soleil se gouache avec la lune. Ça peint un gris acier à l'horizon qui pointe une ligne d'argent que le souffre a terni.


Chaque siècle est un enfant qui renie ses ansiècles. Je suis une guirlande aussi vieille qu'une Rome qui honorait Saturne quand autour d'un sapin vibrait encore un sens et je sais bien que l'homme est aussi vieux que moi. Mais il n'est plus sapiens, il est numericus. Du haut de ses quinze ans il crâne comme un adolescent dans un désert virtuel où Méphistophélès a supplanté le père. Il a perdu son âme et ses enfants kalachent comme on se souriait sur la place des villages. Sol n'est plus Invictus sous la Noël qui fond telle une bougie sanglante sur des terrasses qui rient. Je suis une guirlande et mon ruban stellé s'affole dans un mal comitial qui convulse aux flashs d'un globe azimuté. Dans cette ère vert de gris qui ne parvient même plus à aspirer une bouffée de glauque qu'à défaut d'Espérance inspirerait l'espoir, le roi Ubu fait figure de sage. Bosse de nage gratte Jarry et le clown se meure en glissant sur la peau d'une banane transgénique.


On m'a enroulée autour d'un arbre qui geint. Je l'entends. J'entends son cri et je tressaille d'effroi. Jaune bleu vert rouge, warning désespéré. L'homo numericus rit. Il ne jubile plus qu'à la joliesse d'une apparence furtive. Il n'entend plus les arbres. Ça n'est pas le cri d'avant, celui de l'innommable, de la nausée. Pas tout à fait encore. Celui-là guette. Ce siècle qui croit réinventer la vie, amnésise ses instants sur des dépêches qui courent plus vite que des pourquoi. Il comble son vide en buvant de l'image et se saoule au cocktail d'un bal où Molotov y serait un valet.

Je ne suis qu'une guirlande telle une couronne d'épines sur une pomme de pin. Chaque siècle est un homme et à chaque centaine, cet homme se fait Sisyphe pas si heureux que ça. Qu'en est-il de ce ciel qui veille sur les siècles en semant des battitures de Dieux à l'ombre des oliviers ?


Je ne suis qu'une guirlande qui balance au rythme d'une universelle épilepsie dont les éclats de lumière n'arrosent plus que le vide. Je ne suis qu'une guirlande glacée aux sucres d'un orge sali d'édulcorant et j'ai froid.


Cécile Delalandre, Stella, in Seule si là..





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