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La faille dans le mot

C'est demain vendredi 21 août que paraît, un an après qu'elle se soit envolée :

À DOS DE CHAT AILÉ, EN MÉMOIRE DE CÉCILE DELALANDRE

(ouvrage collectif)

collection Amarante, 344 pages, 24 €

9791092622522, distribution Sodis


Entretien avec Marianne Desroziers (Éditions de l'Abat-Jour)


(Qui suis-je ?)

Je crois que je suis une sorte de femme à colombages mi-effrontée, mi-pudique, cigarette aux lèvres toujours, qui chercherait un endroit classe où s’inviteraient des loubs pour y boire un coup, m’y raconter des histoires et puis partir. Ça pourrait tout aussi bien être dans la maison de Madame Bovary, la Maison Tellier ou la Maison Nucingen ou encore celle de Neauphle-le-Château que dans un bar proche de la piaule d’un Bandini, d’un Chinaski et autre Carver. Des lieux qui me ressemblent, se ressemblent peut-être au fond, dans le bocage de la comédie humaine où la dérision et le doute me tiennent lieu de béquilles.

Ce qui guide la plume, qui très tôt s’est faite en moi charpente, date du jour où j’ai compris que le mot est barreau, encercle la solitude, compris aussi qu’il fait comprendre mais pas sentir ma réalité à la réalité de l’autre... La quadrature du cercle ! (de vieilles pensées folles empruntées aux protagonistes du Human Be-In, à Schopenhauer, à Winnie l’Ourson, à Lewis Carroll ou encore à Saint-Augustin bien avant que je connaisse tout ce beau monde, peut-être ?… veux pas savoir, m’intéresse pas). Bref, trouver la faille dans le mot, celle par où passerait l’émotion d’un instant. C’est pour ça que j’écris, donc. C’était un jour de neige, j’avais cinq ans, je n’étais pas encore une femme à colombages.

Entre temps, j’ai enduit mon lattis de la chaux des poèmes de Rimbaud, Vian, Apollinaire, Prévert, Chénier, Hugo, Verlaine, et tant d’autres… mais c’est Baudelaire, Ferré et Queneau qui restent ma « confiture verte ». (…)

(Quand j'écris.)

Ensuite je me laisse bercer par la mélodie que j’entends : c’est rond, chaud, limpide, euphorisant, balancé comme un arpège que des images viennent rythmer naturellement sur mes mots. Il y a quelque chose pourtant que je ne peux expliquer dans mon acte d’écrire, c’est ce balancement d’alexandrins qui me vient naturellement de je ne sais où, si fait que malgré moi souvent, ma prose se fait poésie. Le seul et essentiel effort que j’aie à fournir réside dans la mise en situation, un peu comme une Alice pénétrant un monde à l’envers… Alors parfois cela peut durer des jours voire des semaines, le plus difficile étant de chasser les intrus qui m’empêchent d’entrer dans le terrier.

(Mes citations préférées)

« Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée. »

Marguerite Duras, L’Amant

« Oh la la, j’étais pas exactement un ange moi non plus, j’avais moi aussi l’âme qui faisait des nœuds et des faux plis, comme toute le monde. »

John Fante, Demande à la poussière

Ce que dit Marguerite Duras, je le ressens au plus profond de moi-même, vraiment. Comme s’il y avait quelque chose de raté quelque part… alors j’attends. Pourtant je rêve comme Bandini d’écrire « le roman de cette ville », même si j’ai « l’âme qui fait des nœuds et des faux plis, comme toute le monde ».


Extrait de "Tess et Raoul", dit par Cécile Delalandre.


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