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  • Le Bateau Ivre

Le même effarouchement

À paraître le 21 août :

À DOS DE CHAT AILÉ, EN MÉMOIRE DE CÉCILE DELALANDRE

(ouvrage collectif)

collection Amarante, 344 pages, 24 €

9791092622522, distribution Sodis


D'elle je garde le souvenir de l'enthousiasme, d'un goût très vif, charnel, rieur des mots, jamais entravé par la gravité. Il y avait, je crois, beaucoup d'humilité dans cette apparente légèreté. Contrairement à pas mal d’«écrivants» en mal de reconnaissance, Cécile ne s'imposait jamais et n'assénait rien en dépit de son écriture ciselée, très maîtrisée. Sa pudeur cachait des failles, on le devinait.

Curieusement, quand je pense à elle, je vois une femme qui efface ses traces pour ne laisser que son écriture en guise d'empreinte(s). J'ignore pourquoi cette image est aussi prégnante, peut-être pour cette sauvagerie que je percevais en elle ; le même effarouchement que celui du renard devant le Petit Prince, oscillant sans cesse entre la fuite et le don absolu.

Sa voix lui allait bien, rauque d'avoir vécu et raconté.

À mesure que j'écris je la revois, son regard rieur et son sourire qui ne masquait pas tout à fait une infinie nostalgie.

Je me plais à l'imaginer « là-haut » ou dans un ailleurs qui ne peut lui déplaire, petite voyageuse au long cours, emplumée et légère, et riant d'être arrivée enfin à bon port.

Virginie Jouannet


Il y avait du beau monde, était-ce une librairie, était-ce un bar dans cette petite rue du 12e arrondissement de Paris ? Qui s’en souvient ? Et qu’importe. (...)

Je marchais déjà mal, j’ai vite trouvé un siège. En face de moi, une femme s’assoit. Un regard échangé et on commence une discussion à bâtons rompus. Je découvre qu’elle est Lunule de Chios, un blog que je suis depuis quelque temps. Je lui donne le pseudo sous lequel j’interviens. Ça nous fait marrer. Il y a du bruit autour, je n’entends pas tout ce qu’elle dit. Mais j’ai quand même saisi son nom. Son vrai nom : Cécile Delalandre. « Et toi ? », me dit-elle. Je lui raconte. Elle sait écouter. On partage l’amour pour Ferré, la fascination pour Maupassant, l’usage intensif des réseaux sociaux… des expériences professionnelles communes – pas toujours gratifiantes –, la radio, elle à FIP, moi à Radio libertaire… Elle me dit qu’elle écrit la nuit, je lui avoue que, moi, c’est plutôt le matin très tôt. Je la découvre parolière, nouvelliste, romancière, plasticienne… Elle se nourrit de tout et c’est un régal de l’entendre parler.

On est de la même génération, provinciales toutes deux, rebelles aussi. Ses aspirations furent les miennes. Ses déceptions également.

J’oublie la foule qui nous entoure. Elle aussi semble-t-il. On échange nos mails et nos téléphones.

Jocelyne Fonlupt-Kilic


Du quai où je cherchais le bateau, Cécile m’est apparue en charmant matelot, mais quand sur le pont a commencé la lecture, je me suis arrimée à ses mots et c’est en Capitaine qu’elle s’est révélée, tenant ferme la barre de son recueil nouvellement publié.

Je l’avais lue, auparavant. Nous nous étions croisées sur des sites littéraires. Nous avions échangé car j’aimais son style et je crois que je l’intriguais quelque peu.

Est-ce par nos réserves respectives, que nous reconnaissions chez l’une et chez l’autre, que nous nous comprenions ? Est-ce par les stratagèmes que nous utilisions pour protéger nos parts sensibles que nous nous sommes rejointes ?

Il est des fardeaux hérités de nos histoires, de la vie en société qui nous exilent en mode sensitif. Le mot devient barreau, il encercle la solitude et l’auteur le travaille jusqu’à ce que l’émotion s’échappe de la cage avec toute sa charge vive et atteigne l’autre, le lecteur, sur le terreau de ses propres parts, ratissées.

Carmen Pennarun


Cécile Delalandre anime sur la station Millenium de Perros Guirec l'émission Abord'âge, qu'elle a créee (2017).


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