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  • Le Bateau Ivre

LIONEL-ÉDOUARD MARTIN, ROXANE (roman)

Mis à jour : févr. 4

Collection Vert nuit, 224 pages, 20 €

9791092622546, distribution Sodis


Ça faisait facile vingt ans qu’on ne l’avait pas entendu parler patois, du moins de la sorte, avec cette espèce de faconde tranquille en bouche, c’était un mot sur deux, le méli-mélo que même à nous autres ça nous fatiguait la cervelle par manque peut-être d’habitude, sans compter l’accent qu’il outrait non sans malin plaisir : on en pouffait, le vin blanc nous dégorgeait aux commissures des lèvres, « Ça doit être du Postillon, pas Dieu possible » a rigolé Jean-Claude et on a répondu que ça n’existait plus, mais distraitement, l’oreille mollement ici l’autre en cornet là-bas, quêtant les propos de Pierre à quoi ? cinq mètres à l’angle droit du zinc plongé dans la pénombre tandis qu’il bavardait avec ce zig à l’angle gauche – face à nous, donc – nous adressant des clins d’œil complices. Son interlocuteur devait croire tic ou truc à la paupière, blépharite, orgelet : mais il avait, l’animal, l’œil sec et vif malgré ses soixante-huit piges, vous abattant son lièvre à cent pas d’une seule charge en pleine tête. (...)

Nous, notre petit groupe, notre « petit cénacle » ainsi qu’on l’appelle, on a d’autres habitudes, plus, comme dirait l’autre, sélect, parce qu’on n’est pas tout à fait de la même clique, qu’on est d’ici pour y être de retour après avoir mené nos barques ailleurs et pas mal de bourlingue : revenus pour mourir avec délicatesse où nous sommes nés, boucler la boucle genre Kinder surprise avec à l’intérieur des tas de petites choses, menus plaisirs, pêche à la ligne, champignons, conviviales mangeailles, la maison de famille, vaste bâtisse en général retapée confortable, jardin, pelouse. Menant des vies de patachons, retraites nutritives, bande passante abondante, genre bourgeois-bohèmes des champs, caves profondes, animaux de compagnie. (...)

Pour ça qu’on rigole, donc, lichant notre apéro, tandis qu’il cause, le maire, notre ami maire, avec l’énergumène et qu’on l’entend causer, Pierre, comme un qui n’aurait guère fréquenté l’école, singeant l’analphabète plouc tel que le gars doit se le figurer dans sa grosse tête d’urbain – ça serait bien Parisien tête de chien, Parisien tête de veau, côté Montreuil possible ou la toute proche banlieue, ça sent le loft et les mensualités très croque-salaire pour finalement pas grand espace tandis qu’à la campagne.

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