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  • Le Bateau Ivre

Yannick Kujawa, Haak


Prendre cette route, suivre ce chemin. Laisser derrière moi les pavés, continuer, avancer dans la campagne. La terre qui colle un peu. Le caillou qu’on extrait de la pointe de la godasse, qu’on arrache à la glaise. D’un coup de pied on l’envoie voler devant soi, pas si loin que ça, on va le retrouver dans les herbes hautes. Le ramener sur le chemin, et puis l’abandonner. On n’en cherche pas un autre tout de suite. Et on y voit de moins en moins. Pierres et terre se fondent dans l’obscurité. Le chemin et les champs ne disparaissent pas encore. Mais ça vient. On lève les genoux, plus haut. La terre se dérobe, on s’essouffle, on trébuche. Se tord la cheville. Se ramasse. Se relève. Plus de clochers à l’horizon. Plus de villages, non. La douleur à la cuisse qui grandit, l’espace qui se rétrécit. Le vent ne veut plus souffler. À quatre pattes, qu’on se retrouve, les doigts dans la terre noire, elle toujours fertile. Elle flamboiera au soleil de juillet. On se sent pauvre. Infiniment misérable. Sans saisons. On poursuit son calvaire, sa tâche, sa besogne, son travail d’être humain. Ne plus espérer un chemin, ni même une clôture de barbelés. Avancer. Plus rien que l’errance. Trimer, quand bien même à genoux.


9791092622386, Collection Vert nuit, 168 pages, 18 €, distribution Sodis


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